
Apprentissage par le corps
Au cours de mes trois années à l'Henallux de Champion, j'ai réalisé des activités qui pouvaient être vécues par les élèves en utilisant leur corps comme "instrument". C'est une pratique que j'ai commencé à utiliser dès mon premier stage de Bac 2 et que j'ai développée plus encore dans ceux qui ont suivi.
Le concept
L'apprentissage par le corps est le fait d'utiliser son corps comme principal outil dans les apprentissages. Il permet à l'élève d'entrer en immersion dans la matière, de communiquer et de travailler avec les autres élèves. Cela permet de faciliter le passage au semi-concret et abstrait de la matière.
On pourrait croire qu'il est possible de réaliser cette pratique uniquement avec des domaines comme les mathématiques mais cela peut être élargi à de nombreux autres.
Mon utilisation
L'apprentissage des fonctions
Lors de mon stage de bac 2 en troisième primaire, j'ai réalisé une activité sur les fonctions de mots dans la phrase. Je devais découvrir le groupe sujet ainsi que le groupe verbal. Pour ce faire, j'ai utilisé les assiettes bleues pour représenter le GS et les assiettes rouges pour le GV. La première étape a été de relier les morceaux de phrases entre eux. Par exemple : Léa - regarde la télévision ou Les amis de Théo - l'encouragent.
Lorsque cela était fait, je leur proposais de faire le même exercice en tenant dans leur main une assiette rouge ou bleue qui possédait une partie de phrase. Lorsqu'ils avaient retrouvé leur partenaire, ils devaient venir écrire leur phrase au tableau en respectant les couleurs.
Nous avions analysé les structures de phrases, induisant les couleurs et leurs particularités dans la phrase pour ainsi, continuer l'apprentissage de manière plus "classique".
Le fait qu'ils aient dû se "mélanger", voyager et communiquer entre eux pour retrouver le GS ou le GV des phrases à assembler les a impliqués davantage dans l'apprentissage. De plus, ils ont dû chercher, et communiquer directement afin de trouver des stratégies ensemble et de comprendre le rôle de ces ensembles au sein d'une phrase. Grâce à cela, l'étape d'après consistait à poser des mots justes sur leurs idées et de les "ranger".
La balade mathématique - se repérer dans l'espace
La balade mathématique était une activité de mise en lien car elle travaillait également des compétences en géographie. Le but était de se repérer dans l'espace et de se déplacer.
Pour ce faire, nous sommes allés dans le bois derrière l'école afin de réaliser cette activité en extérieur. Les 3 ateliers étaient à réaliser entièrement avec le corps.
- Tout d'abord, il y avait la course de chevaux : un maitre du jeu tirait les cartes et indiquait au cheval de la couleur de la carte de combien de "cases" il devait avancer ou reculer. Le premier cheval à passer la ligne d'arrivée avait gagné. Celui qui gagnait la course devenait le maitre du jeu. Les enfants connaissaient la couleur de leur cheval grâce à un collier à pendentif de couleur.



- Ensuite, il y avait le repérage dans le plan - le jeu des marionnettes. Deux équipes de deux étaient formées ; dans chaque équipe, un guide et sa marionnette. Les guides avaient un plan en 2D où étaient situés le point de départ de chaque pion et le trésor. Le but : guider la marionnette en lui indiquant des déplacements à effectuer afin qu'elle soit la première à atteindre le trésor (point A).


- Le dernier était un jeu facilement réalisable en classe : le "Jacques-à-dit". C'est une activité que les enfants adorent et qui demande peu de matériel. Dans ce cas-ci, un maitre du jeu devait piocher une carte et "lire" les indications qu'il y avait dessus. Toutes les cartes indiquaient si c'était Jacques ou non qui donnait les indications et quelle était la position à adopter grâce à un schéma que les enfants connaissaient grâce au travail préalablement réalisé en classe. Au bout de trois minutes, ils devaient changer de maitre du jeu.



L'abaque grandeur nature
Lors de mon stage en 4e primaire j'ai dû voir X10 - X100 - X1000 ainsi que :10 - :100 - :1000. J'ai également dû aborder X10 et X100 avec mes élèves du spécialisé.
Lorsque j'ai reçu ce sujet, il m'est apparu directement naturel de découvrir cette matière par le corps en proposant un abaque grandeur nature aux enfants.
Chaque élève était un chiffre (de 0 à 9). Un autre enfant notait les manipulations réalisées afin d'y revenir une fois le retour en classe. Une fois l'abaque réalisé avec les élèves, il fallait procéder au premier calcul : je citais un calcul et ils devaient verbaliser les étapes à réaliser. Ces étapes étaient écrites par le reporter.
L'abaque géant leur a permis de comprendre d'où venaient les "0" qu'on ajoute lorsque l'on multiplie un nombre par des multiples de 10 et inversement, pourquoi ils disparaissaient lorsqu'on divisait par un multiple de 10 également. Ils ont également pu visualiser les déplacements des chiffres dans l'abaque et donc, leur changement de rang. Mais aussi, cela leur a permis de mieux comprendre la lecture des grands nombres facilitée par la présence des cônes qui marquaient l'arrêt de la lecture avec l'insertion de "mille", "millions" etc.
Ma maitre de stage avait bien aimé l'activité et en avait profité pour entamer très brièvement le sujet de la virgule avec eux. En effet, lorsqu'on comprend qu'il faut toujours que les rangs soient occupés par un chiffre jusqu'à l'unité, il est possible d'induire le fait que la virgule se place après l'unité et que tous les rangs entre celui des millièmes et celui des unités doivent également être occupé par des chiffres.
Pour le spécialisé, j'avais adapté l'abaque en le faisant plus petit (pas de rang des millions) et en supprimant le rôle de reporter pour ajouter deux-trois manipulations supplémentaires à la place. J'ai également créé un abaque interactif avec le crayon qui bouge selon le déplacement des chiffres dans l'abaque pour ajouter l'étape du semi-concret avant de passer à l'abstrait. Cette étape n'ayant pas été nécessaire pour les 4e primaire.
Dans les deux cas, cela a grandement facilité le passage à l'abstrait où on comprenait ce que cela signifiait "d'ajouter ou de supprimer des 0" lorsqu'on multipliait ou divisait un nombre par un multiple de 10. Tous, arrivaient à résoudre des calculs comme dans l'abaque géant.
Mon analyse réflexive
Les fonctions dans la phrase
Pour cette activité, l'étape 1 qui consistait à assembler les étiquettes au tableau pour former une phrase me parait inutile aujourd'hui. J'aurais directement pu donner les assiettes avec les étiquettes aux enfants et utiliser les phrases qui en découlaient directement. Car, les phrases assemblées lors de l'étape 1 n'ont finalement pas été exploitées lors de la suite de l'activité.
La balade mathématique
Pour cette activité, je rendrais les marionnettes plus accessibles aux enfants car il y avait trop de cases pour que les enfants puissent s'en sortir. Je prévoirais également un banc où les enfants pourraient se mettre debout dessus afin de prendre de la hauteur et d'avoir une meilleure visibilité pour pouvoir se mettre facilement à la place de la marionnette et la guider plus facilement.
L'abaque grandeur nature
Cette activité, menée deux fois, me permet d'apporter des modifications plus justes à l'avenir. En effet, cela serait bénéfique de les laisser plus vite en autonomie, qu'ils verbalisent seuls, se déplacent seuls dans l'abaque. Il faudrait que j'estompe l'accompagnement au fil de l'apprentissage.
Apports pour l'avenir
Tester l'apprentissage par le corps pendant mes stages me donne envie de continuer à enseigner de la sorte au sein de mes futures classes. En effet, bien qu'au premier abord cela semble difficile à mettre en place, lorsque nous sautons le cap, nous nous rendons compte que cela nous apporte beaucoup ainsi qu'aux enfants. C'est un moyen très efficace pour faciliter le passage à l'abstrait.
Je compte continuer cette pratique mais également l'élargir à d'autres domaines, lorsque cela sera possible.
